Au cœur des Landes, à Estibeaux, les premiers arbres s’apprêtent à être plantés. Le début, autant que la concrétisation, d’un projet hors norme : créer, sur sept hectares, l’une des plus grandes forêts comestibles d’Europe. Une forêt des possibles où nature et biodiversité reprendraient leurs droits. Entretien avec Yoann Lang qui a pensé ce pays de cocagne.

Passion Aquitaine a interviewé Yoann Lang, l’un des deux fondateurs du projet.

Comment l’idée de créer une forêt dans les Landes a-t-elle germé ?

Avec ma famille, nous nous sommes installés il y a dix ans à Estibeaux dans une ancienne ferme entourée d’un grand champ de maïs. Un an plus tard, la parcelle est passée en jachère. Ma femme était alors enceinte. En voyant cette belle et grande prairie et imaginant mes enfants grandir, j’ai commencé à réfléchir ce projet de forêt comestible.

J’ai grandi à la campagne, j’ai toujours été sensibilisé à l’agroécologie

Un modèle basé sur le développement durable qui réparerait, entre guillemets, les erreurs de notre agriculture productiviste. Et démontrerait qu’une autre voie est possible.

Famille Yang

Quelle autre voie ?

Celle de la transition écologique vers l’agriculture de demain. Le but est de recréer un écosystème en s’inspirant de ce que la nature fait elle à l’état sauvage. Qu’elle reprenne ses droits. À terme, nous comptons planter 60 000 arbres, arbustes et buissons au rythme de nos bouturages et de nos semis.

Par exemple, nous allons planter de façon étagée, sous les arbres planter des bussions, sous les buissons mettre des couvre-sol où, dessous, les carottes et les pommes de terre peuvent prendre place. Au-dessus, des lianes peuvent grimper… On peut ainsi aboutir à sept étages de végétation productive. Plutôt qu’un étage comme on le fait dans l’agriculture conventionnelle…

C’est un renversement de perspective…

Oui en partant de ce qui existe aujourd’hui. Notre terrain est vallonné ? Tant mieux, c’est pour nous un avantage plutôt qu’un inconvénient ! On pourra ainsi récupérer les eaux en bas des pentes et les utiliser pour les différentes cultures (…) Nous n’inventons rien, ce sont des techniques testées et approuvées que l’on souhaite mettre en commun afin de restaurer au mieux la biodiversité.

A notre échelle, nous souhaitons apporter une réponse aux enjeux climatiques et environnementaux, comme l’érosion des sols, la pollution des nappes…

Le but est de démontrer que cultiver dans le respect de la nature, sans intrants et autres produits, est possible. En la laissant la plus tranquille possible et en lui donnant simplement une idée de départ.

Zonage des parcelles de la forêt
Zonage des parcelles de la forêt

Que pourra-t-on trouver dans la forêt de Higas ?

L’ambition est d’avoir le plus de diversités et de variétés possibles localement, des noyers aux champignons en passant par des fruits à coques, des légumes de saison issus du maraîchage traditionnel, des plantes médicinales, des animaux… Mais aussi cultiver des fruits plus rares, comme les baies de goji, du citron caviar ou citron yuzu. Nous prévoyons aussi de faire de la spiruline, d’avoir des ruches et de faire du café. L’idée est de répondre autant que possible aux besoins des gens par une production locale, écologique et naturelle, sans aller la chercher au bout du monde.

Une volonté est de relocaliser l’agriculture ?

La localisation de la production est une donnée essentielle avec une destination en circuit court. Nos premiers clients visés, ce seront les gens de notre village et des environs, quelques restaurateurs et AMAP du coin.

Au niveau local, on travaille déjà avec les paysagistes et les particuliers du village

Ils nous ramènent leurs déchets végétaux que l’on transforme et qu’on valorise pour nos cultures de façon à produire une alimentation saine et naturelle. C’est une démarche éthique.

Pomme bio
Pomme bio – Crédit Pixabay

…certains diront utopique ?

Peut-être. Mais cela fait huit ans qu’on réfléchit à projet, du compagnonnage des plantes à l’installation en passant par le financement. On a fait un prévisionnel sur quatre ans, tout est calculé, millimétré. Tout est sur des rails. Et je suis formidablement épaulé. Par Franck, qui va travailler avec moi à mi-temps et qui m’aide déjà énormément. Nous partageons la conscience de ce besoin de changement.

Mais aussi par des partenaires qui nous suivent, comme l’AARCE, l’Association d’Aide au Reboisement et à la Conversion Ecologique, Digital Monster, qui s’occupe de notre site web, Humans by Nature, qui accompagne des projets éthiques et environnementaux. C’est aussi grâce à eux que ce projet peut voir le jour.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Le compromis de vente de la parcelle a été signé. Le démarrage officiel des plantations est programmé début janvier. On va commencer par étaler tous les végétaux transformés en compost et faire essentiellement du maraîchage aux débuts, le temps que les arbres poussent.

L’aventure va se développer progressivement, avec l’ambition de créer de l’emploi au niveau local au fur et à mesure

(…) Tout ne va pas se faire en deux jours. C’est un projet qui s’inscrit dans la durée. Nous avons calculé à huit ans environ la durée pour aller là où nous voulons.

Cette forêt est le projet d’une vie ?

Oui et qui est destiné aussi à mes enfants de façon à leur laisser une autonomie. Et la conviction qu’une autre agriculture est possible. En changeant l’agriculture donc notre façon de produire et don de consommer, on tire sur des leviers qui peuvent mener plus loin : ressouder le climat social des villages, favoriser les liens entre gens. On ne va pas changer le monde. Disons que ce serait un bon début…

Où se trouve la Forêt de Higas ?

Si vous souhaitez soutenir le projet, un financement participatif a été lancé sur Miimosa.

2 thoughts on “Forêt de Higas : la plus grande forêt comestible d’Europe

  1. Avatar Kiki dit :

    Bonjour je suis d autant plus intéressé par le projet que j’ai un projet qui pourrait être complémentaire de Higas.Celui d un arboretum couplé à un parc de sculptures (bois fer pierre).Pourquoi pas un parc sur le theme de l’agro ?
    Je precise que je suis un jeune. retraité de l enseignement agricole. Spécialité Éducation socio culturelle.
    Merci de me contacter.
    06 20 81 77 76

  2. Avatar clkluigi dit :

    Sur le zonage des 7 Ha y’a un hectare avec marqués bovinS (donc avec apport extérieur et le bilan carbone qu’on connait)… et leur « forêt » fait à peine un hectare !
    60 000 sur 7 hectare, alors que va y avoir des surfaces en maraichage et des prairies ?! C’est 2 arbres par m² ?

    WTF ?

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